Samedi 27 février 2010 6 27 /02 /Fév /2010 02:12


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News Trottoir

Une comédie profondément humaine à la fois drôle et touchante

 

Texte et Mise en scène de Mélanie Rodrigues

 

Théâtre de l’Essaïon

6 rue Pierre au Lard – Paris 4ème


Du 5 au 15 avril du lundi au jeudi à 21 h30

&

du 19 avril au 1er mai du lundi au samedi à 21 h 30

 

http://www.essaion-theatre.com/spectacle-news-trottoir-279.html

 

Réservations 01 42 78 46 42

 


Rencontrer Alexis Desseaux, c’est partager un moment artistique impressionnant, sous le soleil d'une décontraction accueillante.

 

Est-ce cela un artiste accompli ?

 

Alexis, toujours souriant et heureux, dégage une grande simplicité. Il émane une douce sagesse, chevillée à la passion de ses métiers d’artistes et sertie de rigueur pour les réaliser.

 

S’il s’offre, ainsi qu’à ses partenaires de vivre dans une belle liberté créatrice, Alexis sais toujours où il va.

 

Moteur !

 

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*     *

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Alors Alexis Desseaux cela fait près de 30 ans que vous êtes un artiste complet. Vous avez joué 37 pièces de théâtre, mis en scène 18 autres, été acteur dans une vingtaine de films au cinéma ou à la télévision et en fil rouge, depuis 18 années, vous êtes l’inspecteur Motta aux cotés de Véronique Genest dans « Julie Lescaut ». La pratique des arts martiaux en compétition vous a-t-elle apporté un ressort artistique particulier tout au long de votre carrière parfaitement accomplie ?

 

01b.jpgQuelle longue question ! …rires…

Oui, un ressort, certainement une dynamique, une rigueur sportive, une notion d’nu rapport de forces dans l’espace. Et certainement la récurrence, parce que l’exercice du corps c’est une répétition comme celle nécessaire au théâtre…et le plus de la santé ! Quand on entend une question comme ça, cela fait pas loin de 30 ans…impressionnant, où ces disciplines sportives ont été assurément des alliées !

 

Que recueillez-vous de cette expérience de tournage plutôt exceptionnelle de « Julie Lescaut » depuis 1991 ?

 JL

A la fois, d’avoir une véritable formation professionnelle rémunérée, qui est un privilège, une véritable progression dans ce personnage, en même temps de voir les comportements sur les tournages et puis, pour en revenir à l’évolution de ce personnage, c’est assez exceptionnel de pouvoir le faire évoluer sur 17, 18 ans. Dans le théâtre, c’est quasi impossible, ou alors, il faudrait de grosses ellipses en écriture, et dans les films c’est exceptionnel. C’est grâce aux séries qu’on peut le faire.

08b.jpgA l’époque, je faisais un tournage parallèle avec Michel Constantin et André Pousse pour une série qui s’appelait « Paparoff », je pensais que c’était plutôt cette dernière qui allait rebondir. Ensuite, j’ai fait une pièce de théâtre où j’ai rencontré Caroline Huppert. Puis j’ai fait le pilote ( = extrait de tournage,ndlr) pour « Julie Lescaut » qui a duré 2 jours. Là c’était comme enquêteur,  pour devenir ensuite inspecteur puis maintenant d’être Commissaire ; c’est assez rigolo !

J’ai l’impression de regarder quelqu’un d’autre qui a évolué parallèlement et qui serait policier. Ceci dit, quand j’étais tout jeune je m’étais dit que j’aimerais bien être policier à mi-temps, c’est peut être ça la réponse !

 

Cette série a un metteur en scène différent à chaque fois. Quelles sont les points communs que vous avez trouvés lors de la réalisation des épisodes et en quoi certains se sont particulièrement distingués ?

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Si tout le monde se centre sur le texte, l’histoire et les personnages, je n’ai pas trouvé de points communs entre les metteurs en scène et les réalisateurs. En revanche, j’ai vu des différences dans des directions d’acteurs : il y en a qui dirigent plus que d’autres. Je suis plus sensible à ceux qui savent diriger les acteurs parce qu’il y a des tas de pressions, d’obligations, des urgences, un timing à tenir…

Ce n’est pas évident à l’heure actuelle d’être réalisateur parce que, non seulement il faut avoir le visuel technique, savoir amener le personnage, avoir une belle lecture du texte et tenir tous ces « egos » de comédiens rassemblés !...rires…00.jpg

Je dirais que le point commun, c’est qu’ils soient honnêtement tous centrés sur le désir de faire un bel épisode. C’est une motivation pour chacun de se dire : « comment on peut se différencier un petit peu ? ». Il y a des scenarii plus riches que d’autres. Quand ils en sont conscients, ils s’occupent un peu plus des comédiens et quand c’est un peu plus faible, on réécrit au fur et à mesure. Le véritable point commun, c’est d’être centré sur le principal personnage, Véronique, donc Julie, mais également d’avoir une fidélité sur tous les personnages, sur cette histoire qui est le tronc commun !

 

Parmi les nombreux metteurs en scènes qui ont réalisés ‘Julie Lescaut’, lesquels se sont distingués à vos yeux ?

 

Oh ! Il y a des tas de réalisateurs qui peuvent faire très bien leur travail de réalisateur, comme des metteurs en scène, qui ont des regards esthétisants sur l’ensemble et qui le font de façon efficace, ce n’est pas ceux qui me touchent le plus ! Ceux qui me touchent le plus, sont ceux qui arrivent à réaliser à quel point les être humains sont précieux, vivants et qui, avant d’être des personnages sont des êtres de chair. Ils arrivent aussi dans ce respect là des rencontres humaines, à la possibilité de bien amener les comédiens, et d’avoir des intentions claires, nettes en fonction des personnages.

photopouchkine1.jpgC’est plutôt ceux là qui m’intéressent le plus, ceux qui donnent confiance aux comédiens pour pouvoir donner le meilleur ! C’est la même chose au théâtre : un metteur en scène qui fait une belle mise en scène, c’est bien, c’est propre mais on est réellement touché, lorsqu’il a su amener les comédiens à être en confiance, à avoir des attentions claires, fines. Là, il y a une correspondance et on va un petit peu plus loin. C’est ce qui m’intéresse le plus.

Je ne suis pas encombré, ni impressionné, je n’idolâtre pas ce métier, ni les gens qui le font autour de moi, donc, ça me permet d’avoir une lecture plus rapide sur leurs réelles motivations et quand elles sont que professionnelles, ce qui est déjà pas mal, c’est bien de le reconnaitre, respectueux de notre part de leur faire confiance, gagner notre petite « patte » c’est notre contribution, parce que pour moi, le comédien n’est pas seulement un interprète, il a une responsabilité en tant qu’interprète : « qu’est-ce qu’on peut amener de supplémentaire pour qu’il y ait de l’épaisseur ?

 

Quel est le délai de tournage d’un épisode ?

 

15-copie-2Pour 90 minutes : 22 jours en moyenne. Progressivement c’est passé de 30 à 22 jours. Il y a certaines séries qui arrivent à se tourner en 19 jours, voir 18 mais c’est un peu du n’importe quoi, parce qu’il y a des changements de lumière, des cadres… c’est un gros travail, des journées bien pleines, réparties en fonction de notre rôle mais on concentre au maximum pour des raisons économiques !

 





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Quels souvenirs gardez-vous de « Joséphine, ange gardien, sur les traces de Yen » en 2008 ?

 

Le massage de Mimi Mathy dans un temple bouddhiste ! Elle avait vraiment mal au dos et il fallait que je lui donne un petit coup de main au sens propre ! Au delà de cette bestanecdote, les personnes rencontrées sur place, ce décor magnifique, cet élan du réalisateur, qui entrainait tout son équipe comme un commandant sur un navire, c’est ainsi un réalisateur, quand il en a la capacité !

…Les randonnées à dos d’éléphant, la descente de la rivière Kwaï, tout ce qui était off !...

…l’impression sensorielle : les odeurs, les couleurs et puis la transformation aussi de la Thaïlande que j’avais vue, par l’intermédiaire de la boxe, il y a plusieurs années…

C’était la seconde fois que j’y allais mais dans des conditions plus confortables et en même temps très précises et j’étais extrêmement attentif à tout ce qui se passait autour de moi !

 

« Cœur Caraïbes » avec Vanessa Demouy a marqué à son époque, comme étant une série bien rythmée, au scénario sympa et dans un cadre idyllique. Quel pied avez-vous pris en jouant dans cette série ?

 

14-copie-2Le pied droit, parce qu’en fait au sens propre, je m’étais blessé au genou gauche ! Un pied certain car, là, je retrouvais les Antilles ! Je suis parti à l’aventure quand j’avais 16 ans et demi, et j’ai habité en Martinique. Donc, de me retrouver plusieurs années après, à faire un tournage sur place avec Vanessa et toute cette équipe, c’était vraiment fantastique ! Les conditions étaient idéales et extraordinaires.

J’ai fait un seul épisode mais il y avait une vraie dynamique, je me souviens du nom du réalisateur et c’est plutôt bon signe : Paolo Barzman. C’est comme Patrick Malakian pour l’épisode avec Mimi Mathy, il entrainait l’équipe avec une véritable joie et un tel dynamisme.

Vanessa n’était pas aussi confirmée qu’elle l’est maintenant en tant que comédienne, mais elle été déjà bien imprégnée de son personnage, il y avait sa maman qui était très proche d’elle, une femme charmante. De plus, j’ai eu la chance de partir en famille là-bas ! Donc, en dehors des jours de tournage, c’étaient des ballades. Cela fait donc parti des bons moments !

 

Sur l’affiche d’une Véronique Genest en irrésistible gourmande pour son one woman show : « Madame Butterlight », on peut y lire : «  sous l’œil complice d’Alexis Desseaux ». Comment qualifiez-vous le duo avec Véronique, cette fois-ci sur les planches ?

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Il y a eu l’aspect organisationnel, qui n’était pas l’aspect le plus « folichon » que j’ai pu rencontrer. Mais sur l’aspect humain, quand on se retrouvait au travail, en confiance, c’était vraiment très chouette. Il y a eu la découverte d’une Véronique que je ne connaissais pas trop et que j’entre-apercevait dans les tournages ! C’était plaisant de la voir un peu fragilisée, parce que c’était un travail de recherche, qui n’était pas évident, un gros pari pour elle, un enjeu de se retrouver seule sur scène. Elle a accepté de jouer et de parler de choses qui la touchaient personnellement, de son enfance… Elle ne s’est pas planquée derrière des choses rigolotes mais a mis de la vérité. Cela a été un beau souvenir humain et sur le travail qu’on a réussi à faire ensemble !

 

Ça a été combien de temps d’accompagnement avant la pièce ?

 

Je suis une sorte de « stakhanoviste » !...un travailleur, quoi ! Là, j’ai l’impression d’avoir vraiment travaillé concrètement 15 ou 20 jours mais ça, c’est sur 2 mois, 2 mois et demi car il fallu réécrire des choses, les faire évoluer, qu’on en parle. Et puis Véronique était très fatiguée, elle venait de finir un tournage et c’était difficile pour elle physiquement. Elle était épuisée dans cette volonté de vouloir faire avancer et la difficulté physique de les tenir.

On a mis à peu près 1 mois et demi de travail à table pour faire évoluer le texte et qu’elle arrive à se restructurer physiquement pour avoir l’énergie nécessaire. Car je lui ai demandé de faire des choses très physiques et elle était tout à fait partante pour le faire mais il lui a fallu retrouver ce rythme, et la condition physique !

 

Quelles sont les performances physiques que vous lui demandiez ?

 

Photos- Boxe Robert 025Jusqu’à faire des pompes rigolotes en scène, à sa façon lorsqu’elle mimait des séances de sport. Elle énumérait des pistes pour des pertes de poids et dans ce paysage possible de la « fonte musculaire », il y a eu des passages très, très physiques avec des cours de karaté ! On les mettait en scène et il fallait les tenir.

Ce que je trouvais intéressant, c’est qu’il puisse y avoir des successions d’images rapides, dynamiques ; que l’on ne s’installe pas dans un spectacle comique, surtout à notre époque où l’on est habitué à zapper.

Il faut être sur le rythme et que ce soit tenu ! L’image que j’avais pour elle, sauf pour les scènes émotionnelles, c’était celle des bulles de champagne. Dans les coulisses je disais : « Champagne ! Champagne ! » pour qu’elle pétille ! Il fallait que ce soit un personnage pétillant et pour pétiller, il faut y aller !!

 

A-t-elle été heureuse de l’orchestration de son passé, de ses profondeurs, de ce qu’elle a amené d’elle-même ?

 

Oui ! Mais ce n’est pas quelqu’un qui s’exprime beaucoup, en fait mais j’ai vu dans son regard qu’elle était très reconnaissante du travail qu’on avait fait et heureuse d’avoir réussi à le faire. Ce qui était quand même un sacré pari !

 

En tant que metteur en scène, quel bonheur ressentez-vous dans l’accomplissement d’une pièce ?

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J’en ressens à partir du moment où il y a une histoire limpide et qu’il y a de la fidélité à ce qu’on a voulu raconter. Egalement dans la façon dont on raconte et dans le fait qu’il puisse y avoir un épanouissement de tous les interprètes, raconter cette histoire, tout en se protégeant, c'est-à-dire de tenir une intégrité.

 

On peut aussi s’impliquer totalement, partager un vrai moment mais en étant bien conscient qu’il y a autre chose en sortant du théâtre, ça donne un accomplissement, voilà la satisfaction !

 

Le bonheur, c’est quand on partage des moments vrais. La difficulté, c’est ça : c’est d’être vrai ! Raconter des histoires pour raconter des histoires, c’est saoulant ! Mais quand de temps en temps, il y a une correspondance et ce n’est pas plus prétentieux que ça, ça peut effectivement être mis en avant, en sachant qu’une fois de plus, relativisons, ça reste du spectacle !

 

Est-ce que vous avez rencontré des défis particuliers pour certaines pièces ?

 

17-copie-1Pas pour certaines mais vraiment pour toutes ! À chaque fois, c’est un véritable défi ! Il y a forcément un moment où ça t’échappe et plus vite ça t’échappe, mieux c’est ! Je suis assez intuitif, j’ai des images, il y a des colorations, des correspondances humaines qui permettent de raconter une histoire. Dans le casting, ça passe plutôt bien ensuite.

Les défis c’est s’autoriser à être disponible pour tout ce qui se passe autour et comme par hasard, l’actualité nourrit ce que tu es en train de mettre en scène. Tu ne sais même pas pourquoi, d’un seul coup, ça se met en place ! Je le vois avec l’idée de la chanson qui n’était pas prévue dans la pièce ! Je l’ai trouvée il y à 2, 3 jours alors qu’on joue tout prochainement !

C’est une dynamique qui se met en place. Après, il y a eu des défis de taille où tu te demandes si la mémoire va suivre : quand tu joues « Le Misanthrope » pendant 2 heures 20, quand tu parles en alexandrins, tu n’as pas beaucoup le droit à l’erreur ! Sinon tu les paies cash ! C’est plutôt des défis de préparation et d’aptitudes. Après, c’est la liberté que l’on va s’octroyer pour chaque représentation ! En tout cas, sur tout ce cheminement de la mise en scène : « Est-ce que c’est la bonne pièce ? Est-ce que c’est la bonne histoire ? Est-ce que on a vraiment la paix pour le faire ? De qui on s’entoure ? Comment ? Et après… en avant !Misanthrope.jpg

Et là s’autoriser à aller très très loin au niveau de l’imaginaire aussi, ça c’est intéressant.

Surtout de sortir des clichés ! Des concepts, de dire : toi, avec le physique que tu as, tu joueras forcement ça ! Ça ne m’intéresse pas trop ! J’aime les surprises, les contre-pieds sinon on n’est que de bons techniciens ! Les failles, les fragilités des personnages, les à cotés dans la pièce…

Les suggérer m’intéresse plus dans la pièce, que les démontrer ! Il ne faut pas forcément passer dans la provocation ou la transgression mais « s’autoriser à », si on a vraiment la paix de le faire.

Du coup, après tu coupes un peu après, mais tu vas à l’essentiel. On élargit pendant les répétitions. Le défi c’est de répondre à ça.

C’est une largesse d’esprit, toujours tenue par notre conscience, si on est sensible à l’avis de la conscience que l’on a en soi ! Et ça c’est un bon garde-fou, parce que sinon, l’imaginaire va dans tous les sens et c’est une perte de temps. Car on tombe dans la gratuité et on n’a pas de temps à perdre.

Dans les répétitions, on est concentré, on explore et on avance. On fait des propositions et ne se prend pas la tête pendant des heures. On est attentif aux images, il y a une notion de travail qui assainit un peu tout ça !

 

Vous donnez des cours de théâtre. Quelle est la sensibilité et les intuitions que vous transmettez ?

 

Adphoto6.jpgC’est un peu la suite de ce qu’on vient de dire, finalement. C’est ça, c’est le comportement qu’on doit avoir face aux personnages, le discernement : on n’est pas le personnage dans la vie ! Le paradoxe de Diderot, à ce niveau là, je trouve que c’est un bon appui, cela donne déjà une distanciation nécessaire ! Comment bien interpréter en réalisant que c’est un travail ? On a des moyens pour interpréter un personnage et après on en sort ! Ça, c’est la base. Qu’il n’y ait pas de confusion à ce niveau là ! Ce n’est pas facile mais c’est essentiel ! Ensuite, c’est la clarté des intuitions, c’est tous les moyens techniques qui sont mis en place pour y arriver. Si on arrive déjà à transmettre ça, la confiance, la rigueur, le fait que c’est ouvert à tous et qu’on aborde le travail réellement avec sincérité, cela porte du fruit il n’y a pas de souci !

 

Beaucoup d’hommes de cinéma ont gardé un lien avec le théâtre, en quoi c’est un équilibre nécessaire ?

 

C’est la rigueur, l’intégrité du rapprochement avec le public, la notion de présent qui est tellement importante. C’est la confrontation à la mémorisation, de faire des répétitions et ça, ça nous amène à avoir toujours un training d’acteur. Le comédien qui oublie cela, il est un peu en panique. Je ne suis jamais arrêté. Tu ne peux jamais t’arrêter quand tu fais ce métier là, non par peur mais par nécessité : c’est un entrainement, on progresse en travaillant comme n’importe quel artisan !

 

Michel Serrault était un artiste des plus polyvalents dans ses interprétations qui était apprécié pour l’étoffe et l’humanité qu’il donnait à ses rôles. L’auriez-vous pris comme parrain ?

 

Oui, oui ! J’aurais bien aimé, évidemment !

 

Y en a-t- il d’autres que vous auriez choisi ?

 

Dans cette génération là ? Comme parrain : Auteuil, Michel Aumont, Jean-Paul Roussillon, Berry, Anconina, Arditi…. dans les femmes, il y en beaucoup aussi….. J’ai beaucoup de mal à répondre comme pour les auteurs favoris et comme justement je n’admire pas, c’est réducteur…..

 

Vous avez été la voix du best-seller : « S’organiser pour réussir ». Si vous aviez à reprendre l’esprit de ce livre, quels sont les conseils incontournables que vous donneriez et que vous avez expérimentés pour mener à bien une carrière aussi riche que la vôtre ?

 

s-organiser.gifL’objectif, l’aspect pratique, la récurrence, j’ai l’impression d’avoir déjà répondu dans les questions précédentes, c’est la distanciation, le discernement, l’application, la rigueur, l’intégrité, l’exercice, le training cette capacité de reprise et surtout d’avoir une lucidité !

Qu’est ce qu’on attend de ce travail ? Qu’est ce qu’il peut apporter et qu’est ce qu’il n’apportera pas ? Et on a intérêt à répondre rapidement à cette question là ! Comme ça, il n’y a pas de déception et on peut viser le maximum mais c’est tellement inné à chaque individu la notion organisationnelle, qu’à part les éléments de base pratiques sur la visibilité sur la lecture, sur la compréhension puis ensuite sur la concentration, tous ces phénomènes de directives ascensionnelles voilà ! Tout est là !

 



Récemment vous avez participé à une réalisation avec des femmes détenues de Fleury Mérogis. Comment cela s’est-il passé ?

 

En fait, cela a été décalé, ils ont eu des soucis à la prison, il faut que je propose une autre date.

 

Quel est l’origine de ce projet ?

 

Cela m’arrive assez souvent de faire des interventions, pas en prison mais dans des seul.jpgcités, dans des lycées, des collèges, ce qui me permet justement de parler de la distanciation et de mon comportement dans ce travail là. Car il y a une telle puissance de l’image, une telle attraction, une idolâtrie tellement forte que ça me permet de mettre en garde et de dire que l’on peut faire ce travail là, sans être dans cet hypnotisme de l’image !

Et là, c’est une rencontre humaine encore, de quelqu’un qui me parlait de la possibilité de faire un témoignage, parce que c’est quelque chose qui se faisait assez régulièrement dans cette prison là : comment on peut s’impliquer dans ce travail là et vivre le plus normalement qui soit ?

 

C’est un après midi de travail avec des femmes pour une émission de télé : comment elles y viennent et pouvoir parler du travail à l’intérieur de ça, des points de vue, des échanges …. Et aussi une émission de radio pour la prison homme.

 

C’est la conjugaison des ces deux univers : c'est-à-dire leur point de vue, leur vision sur ce monde théâtral et en même temps leur perception et l’échange que je peux en donner. Ma vision de ce que peut être leur vie au quotidien et puis mon travail, comment je me comporte dans ce métier.

 

Quand on organise ça, on a déjà une idée derrière la tête. Qu’avez-vous dans le coffre ?

 

C’est un peu comme sur une mise en scène, l’idée, c’est d’être réellement très attentif, comme dans une improvisation sur la qualité de l’échange et sur ce qui est souhaité ! Je vais l’entendre dans les questions qui vont être posées ! Je crois vraiment à la force du témoignage, de ce qu’on peut amener. On peut être en prison même en liberté, comment on peut aller au-delà de ça ? Là, c’est l’homme de foi qui parle !...sourire…

 

Dans votre actualité se trouve « Bistrot ! » mis en scène par Anne Bourgeois, quel est le thème de la pièce ?

 

C’est l’abandon de l’enfance ! On peut l’abandonner à 30 ans, à 40 ans, voire plus ! C’est l’histoire de la fermeture d’un bistrot. En russe ça voulait dire « vite » Cela a été écrit par Sylvie Audcoeur et Marie Piton. C’est l’histoire de cette jeune femme, interprétée par Sylvie, qui va quitter ce lieu et en quittant ce lieu, elle quitte son enfance, le souvenir de son père, cet émigrant russe qui a monté ce bistrot en France. Se greffe là-dessus, le retour d’une femme -interprétée par Michelle Simonet- qui a très bien connu son père. Et c’est son point de vue à elle, sur l’enfance, ses relations avec les hommes etc. et l’histoire d’amour naissante entre le personnage que j’interprète et celui de Sylvie, qui a ce bar.

10.jpgIl y a toutes ces rencontres, il va y avoir aussi des chansons pas comme un récital ou pour une comédie musicale mais comme un accompagnement. Ces chansons ont été écrites par Patrick Peyrieras  - qui a eu deux fois le Molière - et il amène ses chansons comme une continuité de la pensée. Ca va être un bon petit moment, avec des pics, du relief, de la pression, une comédie de mœurs en fait. On n’est pas toujours obligé d’être dans les confrontations ! Ce sera moins rude que ce que je suis en train de jouer en ce moment. Il y a une douceur qui peut se dégager de cela qui peut être assez intéressante ! Le joli coté de la nostalgie !

Il y a 4 comédiens et 2 musiciens et je ne sais pas si on commence les répétitions cet été ou fin 2010, parce que normalement en 2011, je dois travailler sur la vie Rabelais, seul en scène. On cherche des coproductions : il y a le Rive Gauche à Paris et le Trianon à Rouen et ça aurait été bien qu’il y ait le « Théâtre des deux Rives » à Rouen et même d’autres en Normandie ! On a la chance d’avoir Anne Bourgeois, qui a eu un Molière l’année dernière pour la mise en scène des « Diablogues » mais je n’en suis pas sur ! Elle avait aussi mis en scène Alain Delon etc.… j’aurais beaucoup aimé que ça tourne en Normandie que l’on trouve de la coproduction sur Caen, Le Havre, Dieppe, Rouen…. C’est un appel !

 

En janvier vous jouez dans « News trottoir » le rôle d’un SDF en duo avec Jean-Luc Bernard…

 

A un moment donné, je dis « c’est qui, les autres ? C’est nous ? C’est vous ? C’est 12.jpgnous tous les autres ? ».

Je trouve que ça résume pas mal parce que, à un moment donné, il est dans une révolte parce qu’il ne peut pas remplir un dossier et il ne supporte pas la rue ! Ce qui est terrible là dedans, c’est qu’on est dans l’identification avec les « nouveaux pauvres » et ça peut aller très vite à se retrouver dans la rue !

Je dirais qu’il y a une rencontre de ces deux individus qui, au début, est une non rencontre mais une rencontre quand même. Et il va y avoir un véritable attachement, donc, on est dans des beaux moments d’émotion, il y a de la pudeur, de la rage, des moments cocasses. Mais la reconstitution d’un petit foyer, quand on est à l’extérieur y compris l’hiver, ce n’est pas facile ! C’est une correspondance un peu malheureuse de notre époque ! C’est la vie de deux hommes sur un trottoir que l’on suit avec beaucoup d’ellipses, qui sont des séquences assez courtes qui montrent toute la progression de ces deux individus : La rencontre, jusqu’au…. Et là, je ne vous dirais pas ! En tout cas, c’est toute l’évolution de leurs comportements et de leurs réactions naturelles et en même temps, ils vont développer une relation affective, véritable. C’est intéressant parce qu’on a réussi à y mettre une morale sans être moralisateur, une morale d’espoir !

 

Seine

 

Sur votre site où un certain suspens est offert aux internautes, est présenté « Seine productions », un heureux mariage entre le monde artistique et celui de l’entreprise, sur quel principe avez-vous démarré ?

 

13a.jpgLe besoin simple qu’on peut avoir les uns les autres, une espèce de camembert où l’on pourrait avoir la culture, le monde de l’entreprise et le monde sportif. A travers « Seine Productions », c’est un peu l’assemblage des trois et la possibilité avec notre expérience culturelle, nos références et nos connexions sportives de créer de l’événementiel sur mesure pour les entreprises. On a besoin des entreprises parce qu’il y a une manne financière et de leur cotés, elles ont besoin de communiquer autrement, de façon accessible et non pas rébarbative : cocktail, remise de prix toujours un peu plan-plan avec 2, 3 hôtesses aussi gentilles soient-elles, le magicien, etc.…

Là, on fait comme pour un film, on fait une proposition de scénar, on habille la soirée, la remise des prix, le message !

On doit faire quelque chose pour les hôpitaux bientôt, et on a déjà travaillé pour beaucoup d’entreprises ! Et on s’autorise pas mal d’idées et une fois que c’est validé, on part en répétition comme pour un spectacle, sauf qu’on va jouer qu’une seule fois !

 

Pour les hôpitaux, qu’est-ce que ça va être ?

 

Sur les problèmes hiérarchiques : il y a beaucoup de difficultés de communication interne, ce n’est pas très surprenant sur les lieux où l’on souffre mais à travers des sketches, on va mettre en avant la souffrance et dénoncer des petites choses. C’est validé par la Direction et c’est bien parce qu’ils s’impliquent vraiment ! Ils se tapent un peu eux-mêmes sur les doigts et ils ont raison de le faire !

Alors on trouve une fausse chorale et les comédiens qui reprennent à travers les mots, Photos-_Misanthrope_225.jpgdes situations rencontrées pour pouvoir ensuite en débattre et aller plus loin dans la communication interne.

 

C’est une sorte de thérapie ?

 

Oui, et qui est demandée. Beaucoup d’entreprises ont compris que c’était bon de revenir à des valeurs communicantes de proximité, d’attention, d’écoute, de miroir pour montrer ce qui se passe simplement. Cela permet de se dire : « Cela me fait rire, je me moque de lui, mais c’est moi, là ! Je suis souvent comme ça ». Si on a, ne serait-ce que cette petite prise de conscience, cela peut faire avancer les choses. Et tout cela est amené de façon ludique ! Cela permet d’avoir un peu de décalage pour que les gens se disent : « Oui, c’est marrant, mais faut pas exagérer quand même », mais le message passe !

 

C’est peut être plus humain qu’un voyage communautaire où en fin de compte tout le monde reste sur ses positions

 

Oui, ça va un peu plus loin ! Et le fait que ce soit dans le cadre du travail, on s’y retrouve, il y a une correspondance ! Et si ça se passe dans une salle de spectacle on recréé un univers qui soit correspondant.

Ça peut être lors d’un déplacement mais si c’est pour finir au bar à refaire le monde, où ce sont les sentiments qui reprennent le pas sur tout, c’est peut être pas le but !

L’un n’empêche pas l’autre, car il peut y avoir des moments de divertissement dans la journée. En tout cas quand on fait appel à « Seine Productions », c’est pour de l’évènementiel sur mesure, c’est pour faire passer un message autrement et qui passe réellement sans mettre des fortunes dans des décors extérieurs !

 

Vous avez orchestré un canular télévisuel « Le Lydie Buchot show » et vous n’avez pas lésiné sur les moyens pour mettre en scène ?

 

lydie01.jpgLe déclic ça a été la real TV ! On arrive tellement à des situations folles que j’avais imaginé avec Virginie Rouen, la recherche d’une égérie pour les poudres « Lydie Watcher ». Il fallait une anorexique pour faire pleurer les foules et vendre nos poudres Lydie Watcher. On avait des slogans, une fausse captation d’émission télé, un véritable faux casting et l’orchestration de toute une émission télé en direct.

L’histoire : « On va enfermer les gens et pendant 10 jours pour manger de la poudre Lydie Watcher et ceux qui s’en sortiront pourront faire une publicité, et auront le droit de tourner »…sourires…c’est affreux ! Et pour l’égérie, c’est celle qui réussira le casting ! Il faut savoir qu’il y en a une qui va mourir en scène électrocutée…rires… c’est dire jusqu’où on peut aller pour vendre et faire de l’audimat !

Ce qui est étonnant, c’est de se dire : « et si c’était vrai ? » parce qu’il y a un vrai casting, ils sont vraiment filmés et on a fait appel à quelques véritables personnes dans la salle, c’était la confusion totale !

 

Le public a cru que c’était un vrai casting ?

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Ah oui ! Ils ont vraiment cru que c’était une captation d’émission de télé en se disant : « Non ! Ce n’est pas possible, c’est trop gros ! ». Et à un moment donné, ils se sont dit : « mais quand même, on est filmé et là je me reconnais ! ». Ca a permis aux annonceurs qui ont de l’humour, de pouvoir être annoncé réellement, donc ça crédibilise le spectacle ! On fait des coupures pour que leur spot puisse passer et puis hop, on reprend le casting, avec une espèce de casting sauvage puisqu’on donne un numéro et les candidates sont toutes censées avoir appris le lydie04.jpgtexte : parce qu’on raconte la véritable histoire de Lydie Buchot, fille de coiffeur. Notre personnage qui doit représenter les poudres amincissantes a une vie pathétique, est anorexique, etc…. les filles sont là dans la salle, elles sont censées avoir été présélectionnées dans d’autre régions, c’est une espèce d’émission « crochet », c’est délirant !

 

Le public a assisté à une « première » et unique,  à l’insu de son plein gré ?

 

Voilà ! Excellent ! A l’insu de son plein gré en se demandant si finalement si c’était vrai, car c’était vraiment filmé.

 

Est-ce que tu as révélé le pot-aux-roses ?

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Oui ! Le pire, c’est qu’en entrant ils savent ! C’est ça qui est extraordinaire ! C’est que tu ne mens pas mais tout en le sachant, ils voient bien que, quand même, tous les moyens sont là, donc l’imaginaire se met en branle et tu te dis « « si » c’était vrai quand même ? » Le « si » magique ! Tu viens, tu n’es pas dupe, tu rentres et tu dis : « non, non mais attends ! Il y a quand même des choses qui tiennent ! ». Ce qui est terrible, c’est que les choses les plus invraisemblables, elles passent ! Et qu’en partant, ils disent : « on s’est vraiment bien marré, mais c’est quand même vraiment filmé, non ?»

 

Que pensez-vous de cette dynamique d’artiste : « tout commence aujourd’hui ? » est-ce qu’elle vous correspond ?

 

04.jpgC’est la notion de présent, lorsque l’on sait y être attentif. Si tu es disposé, cela enrichi forcément ton imaginaire, cela enrichi le personnage que tu dois interpréter, cela amène les idées de mise en scène. Le quotidien est tellement riche et précieux, que c’est même une grosse responsabilité qu’on a.

Car on ne se rend pas compte à quel prix la vie est précieuse et l’on a une espèce d’arrogance de l’emploi du temps, j’appelle cela.

Tiens, je ferais ceci, je ferais cela, mais on ne sait pas si on sera vivant. On est là à faire des tas de projets. C’est vrai, c’est tellement séduisant, il y a tellement de choses possibles, mais tout n’est pas utile. Heureusement qu’il y a des situations qui nous restreignent, car si on a à la fois cette liberté de réaliser cela et en même temps la rigueur et l’intégrité de se méfier de soi-même et bien effectivement, aujourd’hui compte !


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Merci à Christine Houvenagel pour l'aimable transcription dactylographique de cet entretien (Contact : christine.houvenagel@orange.fr)

 



Site : http://www.alexisdesseaux.net

 

Evènements & Formations : http://www.seineproductions.fr

 

Lydie Buchot Show :

http://www.dailymotion.com/video/x6aert_le-lydiebuchotshow_creation

 

 


crédits : Nelu Cohn, Angeli... 



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Par L'Autre interview - Publié dans : Artistes
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